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Par NCK!

NCK!

L'âme du coeur


JUIN

Le verdict tombe comme un coup de couteau : cardiomyopathie dilatée. En d’autres mots : insuffisance cardiaque de stade II― classe II. Tout le monde me regarde : mes parents assis à mes côtés, l’homme en blouse blanche debout à ma droite, l’infirmière au pied du lit, l’air compatissant et stupide, et bien entendu, Estelle tapie dans son coin, en retrait comme toujours. Le silence plane dans la pièce exigüe. Inconfortable, je me retrouve à leur répliquer, peu amène :
―Et après?
―La cardiomyopathie qui vous concerne diminue la force contractile du muscle cardiaque et entraîne une diminution du débit… Sa fonction de pompe, si l’on veut, m’explique le docteur.
―Et qu’est-ce que ça change? que je répète.
Eh bien… l’insuffisance de stade II, limite stade III, n’est pas à prendre à la légère. Comme votre cœur est incapable d’assurer un rythme assez élevé pour combler les besoins énergétiques de votre organisme, la plupart des activités physiques vous seront dorénavant impossibles…
―Pardon?
―Je recommande toutefois à mes patients de faire de l’exercice léger tous les jours pour préserver une bonne condition physique et stimuler le cœur comme toute autre personne. Marcher quotidiennement durant l’espace de périodes plus au moins longues vous sera bénéfique.
La vérité fait mal à entendre. Ma mère me serre l’épaule en guise de soutien. Elle a 40 ans, mais paraît plus jeune avec ses longs cheveux blonds, ses yeux pétillants et sa peau ferme, à peine ridée. D’origines danoises, je ne vous surprendrai pas en vous disant qu’elle est grande, la silhouette athlétique et carrée. C’est une femme active : professeure d’éducation et entraîneuse à un complexe sportif à mi-temps, elle a fait des études en nutrition, cerise sur le gâteau. Son corps parfaitement en santé, finement musclé, ni en surplus de poids ni trop maigre, est à l’image même d’une femme saine et équilibrée. Il n’est pas étonnant que ses élèves et ses clients voient en elle le modèle de l’apparence idéale. Elle demande au médecin :
―Comment se fait-il que personne ne s’en soit rendu compte avant?
―Les causes de la cardiomyopathie sont très souvent vagues. Elles peuvent être d’origines génétique, toxique, métabolique, infectieux, auto-immun, sarcoïdose, liés à une cardiomyopathie extrinsèque… Les possibilités sont vastes. Certains auront présenté quelques symptômes notoires alors que pour d’autres, on les diagnostique des mois, voir des années plus tard. Les signes se développent progressivement et on découvre alors par hasard la maladie lors d’examens de routine. Le mode de vie peut aussi entre en jeu : une alimentation mal…
— Ma fille s’est toujours bien nourrie, comme tous les membres de la famille d’ailleurs. Je suis nutritionniste, le coupe ma mère.
— Soit, reconnaît-il, en guise d’apaisement.
L’homme est jeune, dans la trentaine je dirais, grand, élancé, à la limite un peu frêle sur les bords. Les cheveux bruns bouclés, arborant une courte barbe taillée proprement, il a des yeux noisette intelligents qui savent juger quand il est bon de battre en retraite avant que l’autre s’emporte. Son attitude censée, alerte et attentive en fait un excellent professionnel de la santé. Or, à cet instant, elle m’énerve.
— Est-ce que je pourrai finir la saison de shows?
Il me regarde, incertain de ce que je veux dire.
— Est-ce que je vais pouvoir continuer à monter à cheval? que je tente à nouveau.
Je lis sur son visage la désolation et je sais immédiatement ce qu’il s’apprête à dire dans les secondes qui suivent. C’est une condamnation.
— Malheureusement, je suis obligé de vous répondre non. Vous pourrez toujours pratiquer la nage dans de l’eau pas trop froide, le vélo d’appartement, le golf, le yoga, la pêche, un peu de gymnastique en évitant les exercices trop rapides et les blocages respiratoires, le footing avec précaution, répond-il en guise d’excuse.
Il remarque soudain l’heure sur l’horloge blanche et circulaire, le genre que l’on retrouve dans tous les bâtiments publics. Le médecin semble ennuyé.
— Veuillez m’excuser, mais je dois aller voir d’autres patients. J’ai déjà une demi-heure de retard. Votre fille devrait pouvoir sortir d’ici quelques jours, une fois avoir commencé les traitements et que nous ayons vu comment elle réagit à ces derniers.
— Merci, docteur, conclut mon père avec un léger hochement de la tête.
L’intéressé acquiesce en retour, nous sourit, puis disparaît par l’embrasure de la porte. Nous restons tous les quatre silencieux un moment. Mon père se lève et arpente pensivement la chambre. Mon air crispé et renfermé pousse ma mère à dire quelques mots destinés à m’encourager :
— Ce n’est pas si grave, ma chérie. Tu pourras toujours te tourner vers quelque chose d’autre.
— Quand bien même que je n’en aurais pas le droit, ça m’est égal, que je maugrée, mauvaise. Et puis de toute façon, qui va s’en occuper sinon, à part moi? Il n’y a personne d’autre et on ne va pas le vendre, hein?
Je suis scandalisée, personne n’ose parler. Les traits songeurs et les sourcils froncés de mon père n’augurent rien de bon. Je me sens de plus en plus choquée et paniquée. Et si mes parents me suggèrent de m’en départir? Bien entendu, je refuserais, mais s’ils insistent? L’angoisse me noue la gorge. Maman lui adresse un regard réprobateur qui suffit à lui faire comprendre que ce n’est pas le temps de partir un débat maintenant. Papa soupire, puis déclare:
— Il est tard et on est tous fatigués. On s’en va à la maison et on reviendra demain. Passe une bonne nuit, Reb. Tu viens, Estelle?
Ladite Estelle se précipite à sa suite. Estelle est menue et pas très grande, sans être dans les plus petites. La peau pâle, les yeux bruns et les cheveux foncés, bouclés et épais, elle a la stature plutôt délicate. Elle n’a jamais été douée en sports et ne s’intéresse pas vraiment à l’activité physique. Elle ne ressemble à aucun membre de la famille, mon père étant châtain, les yeux gris, grand et costaud, tandis que je suis moi-même le portrait craché de ma mère. Même blondeur, mêmes iris azur, même peau basanée, même silhouette bien découpée… J’adore les sports et je l’ai toujours suivie dans ses implications lorsque j’étais gamine. Estelle est le petit mouton noir.
Maman reste avec moi quelques minutes de plus avant de s’en aller à son tour. Je me sens épuisée, j’ai les nerfs à fleur de peau. J’ai envie de pleurer, mais je me retiens. Cela ne servirait à rien. Je suis seule dans la chambre et le calme m’irrite. Je m’empare de la télécommande et allume le téléviseur à un poste quelconque, sans pour autant être capable de me concentrer sur les actions qui s’enchaînent. Me forcer à interpréter ce que les personnages racontent et font est au-delà de mes capacités ce soir. Je regarde l’heure : il est 22h00. Je ferme l’écran, les lumières, puis, en tout dernier, mes yeux. Peut-être que cette nuit, j’irai là où je peux galoper librement sans me soucier de rien. Je pourrai sentir le vent danser dans mes cheveux, l’odeur de l’herbe qui recouvre la plaine, loin de cette prison aseptisée.

Par NCK!

NCK!
J'aimerais énormément avoir vos commentaires. Ici, vous pourrez écrire ce que vous en pensez. J'ai mis la première partie du premier chapitre en introduction. Si vous voulez connaître le reste de l'histoire, vous êtes invité d'aller voir l'autre sujet: L'âme du coeur (version continue)

Par petit_pas

petit_pas
Salut!

L'espace d'un instant j'ai cru que c'était ton histoire. Que tu nous recontais ce qui venait de t'arriver! J'étais tellement triste pour toi! Mais à la fin j'ai compris que c'était un texte que tu avais composé (heureusement!). Tu m'as fait peur! C'est vraiment très bon! Ton texte est très réaliste (beaucoup de détails et les émotions sont bien transmises).

Par NCK!

NCK!
Merci! Non, heureusement, ce n'est pas mon cas!

Par -¦ Jo ¦-

-¦ Jo ¦-
J'aime beaucoup ton style, la plume est belle et la lecture se fait aisément. Les descriptions sont .. je cherche le mot, efficace n’est pas suffisant! C’est facile de visualiser ce que tu veux transmettre dans le texte, j’ai l’image de tes personnages bien en tête, et c’est fait de façon simple et concise en restant très bien écrit (on a pas l’impression de lire un rapport de police, quoi! ).

L’histoire semble intéressante, c’est certain que ça va toucher à peu près toutes les cavalières qui la liront, même sans faire de compétition, personne n’est à l’abri d’un truc dans le genre. J’ai hâte de voir comment ça va tourner!
Vraiment, pour l’instant, le seul truc qui m’a fait grincer des dents, c’est que ton personnage principal semble être une blonde aux yeux bleus et au corps parfait, une beauté ‘’classique’ chez les héroïnes féminines, quoi! Mais d’un autre côté, sa personnalité semble bien approfondie et réaliste, si ça reste comme ça, je risque de vite oublier son physique, pour la peine!
J'ai hâte de lire la suite!

Par NCK!

NCK!
Merci beaucoup de ton commentaire =D

C'est sûr que ma perso principale est un peu stéréoptypée, mais je pense qu'avec le reste de l'histoire, ça va avoir du sens

Par -¦ Jo ¦-

-¦ Jo ¦-
Dans le fond, moi ça me dérange pas qu'elle soit blonde aux yeux bleus, t'sais ça existe pour vrai du monde de même! Je serais juste déçue de la voir tourner en Mary Sue, mais comme dit plus haut vu comment tu l'écris, ça m'étonnerais franchement, elle en a pas la personnalité typique, non plus!