Un accident où le cheval a été la lumière au bout du tunnel

- par rave

Texte par rave
JLA's Rave Dancer - Photo fournie par l'auteure
JLA's Rave Dancer

Photo fournie par l'auteureZoom


[ FAIT VÉCU ] Je dirige un centre d'équitation thérapeutique fondé en 2001, Les Apprentis Cow-boys. On y dispense des séances d'équitation thérapeutique auprès d'une clientèle ayant des limitations d'ordres physique, intellectuel, mental, comportemental ou émotionnel. Je suis éducatrice spécialisée, sociothérapeute à l'Institut Philippe Pinel de Montréal, entraîneuse certifiée niveau 1 par la Fédération équestre du Québec (FEQ) et instructrice d'équitation thérapeutique de la North American Riding for Handicapped Association (NARHA). Je fais du gymkhana (vitesse à cheval) depuis 20 ans déjà (qualifiée pour les finales de la NBHA en 2001 et pour celles de la NPBA cette année).
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J'ai eu un accident de cheval le 12 septembre dernier me causant un traumatisme crânien sévère (TCC). Un poulain que j'entraînais a glissé et lui et moi sommes tombés. J'étais alors correcte, mais celui-ci a essayé de se relever et a re-glissé, tombant sa tête sur la mienne et me glissant dans le coma.

À l'hôpital, mes chances étaient très minces, je n'avais plus de signes vitaux. On m'a réanimée et j'ai subi une opération au cerveau : les docteurs m'ont mis une électrode qu'ils activaient une fois par jour, stimulant mon cerveau, et une autre qui suçait mon sang puisque mon crâne saignait à quatre endroits différents. J'étais en vie malgré les statistiques données à ma mère. J'ai passé 21 jours dans le coma avec un tuyau pour respirer et une gastrotomie pour m'alimenter et me donner la médication. Je ne me souviens pas du moment où je me suis réveillée, mais il semble que j'ai tout de suite parlé de mes chevaux.

Puis, j'ai été conduite au Centre de réadaptation Estrie, sur l'unité de Réadaptation fonctionnelle intensive où j'ai reçu de très bons soins. Je n'avais plus besoin de respirateur, car j'étais alors éveillée, mais j'avais toujours ma gastrotomie, car je ne m'alimentais pas encore et étais sous gavage. Ma mère avait mis des affiches avec des photos de mes chevaux et de mes élèves. Elle a su que j'allais m'en sortir quand j'ai commencé à les nommer et je l'obstinais en argumentant lorsqu'elle me disait que c'était le mauvais cheval. C'est à ce moment qu'elle a su que leur pronostique selon lequel j'allais avoir seulement 5 ans d'âge mental était faux. Je passais mes journées dans mon monde à regarder les photos et je ne me souviens que du dernier mois.

J'ai commencé à m'alimenter sous forme de purée. Tout ce qu'on me donnait était en purée, sous la supervision constante d'une infirmière et d'une machine, car je risquais de m'étouffer. J'étais encore gavée par ma gastrotomie. J'étais en fauteuil roulant et avais besoin d'assistance pour tout : même aller à la toilette, moi l'éducatrice spécialisée qui d'habitude venait en aide aux autres, j'avais maintenant besoin des autres et bénéficiais des services d'infirmières, d'une orthophoniste, d'une physiothérapeute, d'une travailleuse sociale et même d'une autre éducatrice spécialisée : mes collègues d'habitudes.

J'avais hâte de les voir, mes chevaux, mais est-ce que je serais capable malgré mes limitations de remonter à cheval et de refaire de la compétition. Peut-être de la plaisance (lent), mais pas du gymkhana (vitesse), c'était certain. Cela m'inquiétait vraiment.

Un jour, avec de l'aide, je suis allée de mon lit à la salle de bain en marchant, eh oui!, je marchais finalement. Deux semaines après, j'allais de ma chambre à la salle à manger. Puis, ma physiothérapeute m'a dit que j'étais prête pour monter, mais que je devais le faire à partir de la rampe puisqu'en fauteuil roulant. Elle s'est offerte pour venir m'aider la première fois, ce qu'elle a fait. Ça s'est bien passé, mais quelle différence : je montais à partir de la rampe, je ne faisais que du pas, avais un meneur et deux accompagnateurs à mes côtés… J'étais à la place d'un de mes élèves et je me suis rendu compte que ça marchait pour vrai, l'équitation thérapeutique. Je n'avais pas de doute avant, mais là j'en ai eu la certitude. C'étais vrai que le cheval faisait travailler plus de 300 muscles. Je m'imaginais bien que c'était vrai, mais j'en avais jamais fait l'expérience. Quand tout fonctionne bien, on ne peut pas l'affirmer avec certitude. Là je peux parce que, le lendemain, j'ai eu mal partout. Je n'ai rien fait de la journée et il était hors de question de me demander quoi que ce soit.

Noël est arrivé, je devais passer les deux semaines du temps des fêtes à la maison et j'allais monter le plus possible. J'ai eu la chance d'avoir un donateur (mon entreprise étant un organisme de bienfaisance) qui m'a permis d'avoir un manège intérieur chauffé. Je le remercie d'ailleurs fortement. On m'a appelée dans les deux semaines et on m'a donné congé du centre parce qu'on trouvait que je travaillais plus à la maison qu'au centre. En fait, l'équitation m'aidait beaucoup. Je faisais maintenant du trot et du galop avec difficulté et j'entraînais mon cheval que j'avais qualifié cette année pour les finales de la NPBA (en vitesse) à faire de la plaisance (tranquillement). Quelle différence!

Aujourd'hui, je suis toujours en réadaptation. Je ride tous les jours et m'entraîne pour la plaisance, moi qui faisais du gymkhana depuis 20 ans, qualifiant mon cheval pour les finales de la NBHA en 2001 et mes deux montures cette année pour les finales de la NPBA. Au moins, j'ai bien fini ma carrière de gymkhana en gagnant une buckle dans le Grand prix de baril de l'ASEE et je poursuis la direction du centre d'équitation thérapeutique. On me demande souvent : « T'as pas peur de remonter? » Je réponds : «  Quelqu'un qui a un accident d'auto reconduit bien, alors non, je n'ai pas peur, en plus, le cheval n'a pas voulu me faire mal, il est tombé. »

J'ai repris mon travail de thérapeute avec un atout dans ma poche : je sais ce que vivent mes cavaliers et je sais comment le cheval peut les aider, j'ai passé par là moi aussi. Je prends aussi du temps pour solliciter des donateurs potentiels. C'est beau, offrir de l'équitation thérapeutique et aider les autres à atteindre des objectifs de réadaptation, mais ça coûte cher, les chevaux, surtout que le centre a fermé le temps que j'étais à l'hôpital, manque de personnes qualifiées pour me remplacer. Pour moi, c'est important d'avoir d'abord une formation en réadaptation (comment on peut s'improviser instructeur d'équitation thérapeutique quand on n'est pas thérapeute d'abord), ensuite une formation d'instructeur ou d'entraîneur de la FEQ (il faut ben savoir enseigner à quelqu'un de « normal » avant de pouvoir utiliser le cheval comme moyen de thérapie) et une formation en équitation thérapeutique pour mettre le tout ensemble. Les Apprentis Cow-boys est un organisme de bienfaisance reconnu mais avant, je n'avais pas le temps de rencontrer les donateurs potentiels, alors au moins mon accident aura donné ça de bon. Comme quoi il y a toujours du positif dans un événement négatif.

J'ai repris les compétitions, mais en plaisance. J'aime beaucoup ça et je me débrouille bien en plus. Mon cheval et moi, on a fini quatre fois champion de la journée et on s'est qualifiés pour le championnat provincial. Comme quoi il y a de la lumière après la noirceur.

Note : Si des opinions sont émises dans ce texte, elles ne reflètent pas nécessairement les opinions de poneyxpress.com.


JLA's Rave Dancer - Photo fournie par l'auteure

Par Ninilili

Ninilili
wow! quelle histoire. J'étais déja impressionnée par ta formation et ton expertise, mais de plus tu es maintenant la personne la mieux placée pour comprendre et conseiller tes patients en réhadaptation. tu as passé par là!

Malgré toutes les diffcultés que tu a dû surmonter dans cette histoire, il n'en reste pas moins que rien n'arrive pour rien.

Je te souhaite beaucoup d'autres succès!

Par elye774

elye774
Je te trouve très impressionnante... tu es passé par des épreuves très difficiles à surmonter...

il ne faut jamais abandonner même quand on nous dit qu'il n'y a pas d'espoir... tu en es la preuve vivante...
Des textes comme le tient nous donne envie de foncer et de ne pas s'apitoyer sur son sort.

sincèrement Bravo!!!

Par bebee

bebee
wow!

c'est une belle histoire! lache pas! quand on croit fort a quelque chose, des miracles peuvent se produirent.

si ca m'arrive, j'espère aussi qu'on me parlera de mon cheval pour me réveiller! c'est en nous je crois!

bonne chance pour le reste!

Par Plumegrise

Plumegrise
Tes pas chanseuse mais au moin tu a survécu tres jolie! beaux texte et lache pas dans tes concurs et tou sa!

Je suis arbrine34 sauf que jai changé de pseudo pour un plus beaux!

Par Miss Sanz

Miss Sanz
Salut Nancy,

Quel magnifique texte, moi qui n'était pas au courant de ce qui t'était arrivé. Je t'ai vu souvent en compétition, vous formez tellement une belle équipe toi et ton cheval, je vous félicite.

Je vous souhaite beaucoup de succès dans votre nouvelle discipline, en espérant vous revoir d'ici peu ! Je vous souhaite la meilleure des chances et sincèrement bravo d'avoir réussi à passer par dessus une si difficile épreuve

Sandra

Par Vane

Vane
Wow.. Magnifique..

Lache pas je te félicite