Surmonter les épreuves (partie 1)
- par Emily
[ FAIT VÉCU ] J'ouvre les yeux. Tout autour de moi semble sortir tout droit d'un cauchemar. Suis-je encore endormie? Dans le plus profond de mon inconscient qui ne cesse de ramener les images terribles qui ne devraient pas être dessinées? Je n'ai pas besoin de schéma, ça j'en suis bien consciente. Seulement, la réalité percute plus que l'on ne le pense. Avais-je réellement besoin de ces questionnements dans ma vie? Était-ce pertinent qu'ils apparaissent aussi brusquement après 13 merveilleuses années d'existence? C'était injuste. Et pourtant peu inhabituel dans cette société. La moitié des couples mariés de nos jours divorcent. L'avais-je vu venir? Oh, ça oui. Je l'avais prévu, je m'étais bâti des craintes et évidement, elles étaient fondées. Et pourtant, le choc. Bon sang. Ça m'a explosé en pleine face, sans même m'avertir. Personne ne m'avait tapoté l'épaule pour me donner le signal : « He, c'est aujourd'hui. » Mais je l'avais senti. Je l'avais reniée, toute cette maudite journée.

Photo : Eve ChenetteZoom
Je suis un peu étrange, je le sais. J'ai beaucoup d'intuition. Ça fait mal l'intuition. L'intuition ça rend dingue, le saviez-vous? Quand vous sentez qu'il va arriver quelque chose et que pourtant vous ne pouvez rien y faire, mis à part le prévoir. C'est un peu comme un météorologue qui annonce un ouragan, mais qui ne peut l'empêcher de se régaler d'une ville emplie de gens innocents. C'est fâcheux. C'est fâchant. Ça me fâche. Bref, c'était l'été. Juste après les examens de fin d'année. À la fin de l'année scolaire, quoi. Et cet été-là... Dieu que je l'ai haï. Je n'étais plus personne. La fille que j'avais entretenue et fabriquée pendant 13 années était disparue, morte, éteinte à jamais. Ce n'était pas que je ne l'aimais pas, non, au contraire, je l'avais adorée. Seulement, elle n'était pas assez forte pour supporter le divorce de ses parents. Il y avait la fille qui avait encore ses deux parents, joyeuse et illuminée, et celle qui en avait deux morceaux, sombre et nostalgique. Je m'ennuyais de l'ancienne moi. Celle qui rayonnait plus que le soleil, celle qui faisait concurrence au bonheur lui-même. Cet été-là, je l'ai haï.
D'abord, je refusais de me parler. J'ai consacré mon été à manger, naviguer sur le net, manger, naviguer sur le net. Je broyais du noir, je détestais mes parents, je ne pouvais leur pardonner de m'avoir fait cela, je ne comprenais pas. Enfin si, mais je ne voulais pas comprendre. J'ai pris du poids, considérablement, tenant compte qu'au début de l'été je toisais à peine les 90 livres. J'ai arrêté le patinage artistique. C'est là que l'équitation est entrée dans ma vie. J'avais toujours aimé les chevaux. C'était des bêtes charmantes et impressionnantes. J'avais eu quelques cours de western pour « essayer » l'été précédent. J'avais aimé, mais je n'étais pas encore prête à choisir entre ça et le patinage. Mais là, c'était différent. Je commençais une vie nouvelle. Enfin, je ne le savais pas encore à l'époque. La première écurie fréquentée a été, appelons-la M, une grande écurie excellemment entretenue, un magnifique terrain. J'adorais déjà le sport que j'allais pratiquer, j'étais tellement excitée la première fois que je m'y suis rendue. J'ai eu un cours de mise à niveau, pour me classer. On m'a mise dans un groupe qui montait depuis déjà un an. J'ai progressé de façon phénoménale. Après trois mois, j'avais en poche mon Cavalier niveau 1. J'ai obtenu mon cavalier 2 après un an et quatre mois d'expérience. Je mettais toute l'énergie que je trouvais dans ce sport. À l'école, ça allait en catastrophe. J'avais des résultats déroutants et je ne faisais aucun effort. Le seul endroit de ma vie qui m'importait encore était l'écurie.
J'ai rencontré B le 5 décembre 2005 : un beau cheval gris, très foncé, au regard doux. Il était très jeune. Je l'ai vu et ça n'a pas été difficile à comprendre : il était mien. Un peu comme un coup de foudre, mais avec un cheval. Aucune connotation sexuelle ici, on s'entend. C'était plutôt comme si je venais de rencontrer mon meilleur ami, caché de ma vue depuis si longtemps. Je le montais relativement souvent, tous les cours pour lesquels je pouvais l'avoir. Sinon, je m'en occupais quand même, je lui apportais des gâteries, je lui faisais des câlins. J'étais triste et c'était lui que j'allais voir. Une relation s'est rapidement tissée, il m'aimait et je ne pouvais que le lui retourner.
Il faut comprendre une chose à propos de cette écurie, avant que je ne poursuive. Là-bas, presque tous les chevaux sont à vendre. Tu proposes et ils considèrent. Or, ils avaient mis B en annonce. 8000 $. J'étais plutôt naïve à ce moment de ma vie. Mon bonheur résidait dans le simple fait de voir ce cheval tous les jours. Le reste était sombre autour de moi. C'était comme une sorte de mini-dépression. Or, j'avais très peu d'expérience; je montais depuis sept mois maximum, mais je voulais un cheval, c'était un désir profond, impossible à tuer. Alors j'ai fait ce que tout cavalier fait : j'ai demandé à mon père pour avoir un cheval. B en l'occurrence. Mon père ne connaissait pas vraiment ce domaine dans ce temps-là. Il a considéré ma demande et a dit qu'il regarderait, que nous verrions. Finalement, fin mars, j'ai eu ma réponse; nous partions en République dominicaine pour la semaine de relâche, donc en revenant du voyage, nous ferions une offre sur B.
Beau voyage en perspective. J'étais heureuse, la vie était belle, elle se remettait à fonctionner à nouveau. J'étais dans le sud, sur le bord de la plage, au gros soleil, dans la mer, tout dépendant de l'activité de la journée. Nous avions fait une randonnée à cheval d'une journée, quoi de plus merveilleux? J'allais avoir un cheval qui, de plus, était mon coup de cœur. Toutefois, apparemment la vie n'aime pas donner du bonheur en gros paquets. Le compte-goutte est son option favorite. Bref, je suis rentrée à l'hôtel un soir et nous sommes passés par le café Internet afin de vérifier nos courriels. Un nouveau message. C'était rare que je n'en avais qu'un seul, mais ce soir-là, c'était ainsi. Bref, je l'ai lu. C'était assez vague. Un simple : « Mon dieu, tu ne devineras jamais ce qui est arrivé, je suis désolée! ». C'était tout. J'avais frissonné, ne comprenant pas du tout le sens de ce message. Il me restait une journée encore à passer ici, ensuite je saurais.
Nous sommes revenus un dimanche. Le jour où j'avais un cours d'équitation. J'ai donc fait mon entrée à l'écurie, heureuse comme à l'habitude. Mais ce n'était pas d'habitude. Aujourd'hui, il n'y avait pas de B pour ronfler doucement des naseaux à mon apparition. Non, le box était vide. Vidé de mon ami que j'avais tant adoré. Et c'est là que j'ai appris que B avait été vendu, deux jours avant mon retour. L'offre que nous nous apprêtions à faire, le jour même, tombait à l'eau. Et à nouveau, ma vie avait perdu son sens.
Il est difficile d'expliquer à quel point on souffre la perte d'un cheval. Il n'y a aucun mot à mettre là-dessus. On m'avait enlevé ce qui me donnait le peu de bonheur que j'avais encore à ce moment. J'étais complètement terrassée. La fille nostalgique était encore plus nostalgique. Les chevaux me dégoûtaient. Aucun n'était assez bien. Je ne voulais plus rien savoir d'eux. Je refusais de les monter, par dédain, tout simplement. Je les détestais et c'était comme ça. J'ai donc appris à monter les poneys à la place. J'ai fait notamment la découverte de P, un poney récemment arrivé qui était un peu rebelle, si l'on veut. Je l'aimais, je l'adorais. C'était mon nouvel ami. J'avais eu un ami cheval, c'était maintenant un ami poney. Il mettait les gens par terre, refusait de sauter quel type d'obstacle soit-il, même un croisillon. Mais pas avec moi. C'est pourquoi je le montais tout le temps, pendant environ six mois. Personne ne l'aimait, les gens le trouvaient trop entêté, impossible à amener. Il me faisait confiance, il me donnait son cœur. À moi seule. J'avais ce privilège et j'en étais émue. J'entrais dans l'écurie et il m'appelait, comme s'il avait été mien. Seulement, je savais que je ne l'achèterais jamais. Que je devrais le laisser partir un jour. C'était un poney, je ne pouvais progresser avec lui en compétition. J'étais trop vieille. Après six mois, je cessai de pleurer B, je m'étais ressaisie, P m'avait montré le nouveau chemin qui s'étendait devant moi. Pour m'amuser, j'ai commencé à fouiller les annonces de chevaux à vendre sur le site de la Fédération équestre du Québec. J'aimais bien considérer les chevaux. Et c'est là que j'ai retrouvé l'envie d'avoir mon cheval. J'ai donc sélectionné des annonces qui m'allaient. Et ensuite, j'ai présenté mes trouvailles à mon père. Je montais depuis maintenant un an.
Le premier prétendant était un cheval nommé Q qui était à une écurie non loin de chez moi. Rien n'a fonctionné, je n'ai jamais pu l'essayer, c'était plutôt compliqué. Sans me découragée, j'ai continué de fouiller, cherchant l'annonce qui me ferait soupirer. Je l'ai trouvé en août. J, un cheval qui venait d'avoir cinq ans et qui était à Québec. Je n'avais pas d'expérience, pas assez pour avoir un jeune cheval, mais cela, je ne le savais pas. Alors j'ai fait des démarches, correspondant avec sa propriétaire pour qu'on puisse négocier une date de visite. Je suis allée le voir seule, sans entraîneur, à la fin septembre. Je l'ai adoré. Finalement, il restait à valider. C'est là que j'ai rencontré mon entraîneuse actuelle. J'avais besoin d'un avis professionnel. Elle m'a avoué, après essai, que J n'était pas le cheval qu'il me fallait, que j'avais besoin d'un cheval plus expérimenté, pour pouvoir progresser, qu'il était plutôt irréfléchi de mettre un cavalier moyen sur un cheval qui ne connaissait qu'à peine les bases et qui était aussi jeune.
J a été rayé de la liste. Nous lui avons demandé de nous trouver un cheval qui ferait l'affaire. C'est là que j'ai changé d'écurie pour pouvoir commencer à monter avec cette entraîneuse. Nous sommes allées essayer plusieurs chevaux, mais aucun ne faisait l'affaire. C'est à ce moment qu'elle a commencé à nous parler d'un cheval nommé Baxter. Mon père préférait d'abord voir les autres alternatives, car il était beaucoup plus dispendieux que ce que nous désirions au départ. Mais les recherches avançaient mal. Nous lui avons donc demandé de me le faire essayer, juste pour voir. Baxter était dans l'écurie où je montais, cela faisait deux ans environ. Avant, il était à l'écurie M et je m'étais rappelé l'avoir déjà vu. J'avais été éblouie par sa beauté, j'avais convoité ce cheval dans ce temps-là, envié sa propriétaire. C'était un très beau cheval. D'une couleur banale, peut-être, mais qui avait une tête plus que parfaite. Bref, je l'ai monté une première fois. Je l'ai bien aimé. Sans plus. Une deuxième fois : je ne l'ai pas du tout aimé. Pas du tout. Une troisième fois : moyennement aimé. Il me fallait alors faire un choix : le prendre ou le laisser. On m'avait dit que c'était un cheval parfait pour moi, que nous allions bien ensemble, que j'étais la cavalière qu'il lui fallait. Alors j'ai dit oui. Sans réfléchir. Même si mes expériences sur lui m'avaient paru désagréables. Je le trouvais bizarre, je n'arrivais pas à le sentir. Le 29 janvier 2007, mon père signait le contrat d'achat. C'était désormais mon Baxter. Sur le coup, j'avais cru faire une gaffe, je ne l'avais pas aimé. Qu'est-ce qui m'avait pris de prétendre le contraire? Mais bon, il était trop tard maintenant pour rebrousser chemin. J'avais enfin un cheval...
Maintenant deux ans et trois mois que cette histoire s'est passée, que mon cheval fait partie de ma vie et, honnêtement, je n'ai plus regretté mon choix une seule fois. C'est le cheval dont j'avais besoin. Certes, la relation entretenue avec lui n'est pas pareille à celle de B. Toutes sont uniques. Mais je peux affirmer qu'elle est aussi forte. Vivre sans lui serait un désastre, je ne peux même pas me l'imaginer. J'aurai bientôt 17 ans et je suis heureuse maintenant. La fille nostalgique a retrouvé certaines facettes de l'ancienne moi. Bien sûr, jamais je ne redeviendrai la fille d'avant. J'ai grandi et c'était pour le mieux. Parfois on s'apitoie sur notre sort, croyant que le monde nous en veut, que les montagnes nous tombent dessus. C'est totalement faux. Un lot de bonheur, ça s'acquiert avec patience. L'optimisme est la clé de la réussite. Comme je le répète si souvent : il n'arrive jamais rien sans rien. Et c'est la vérité, n'osez même pas le contester. Bien sûr, l'histoire ne prend pas fin ici...
À suivre
Note : Si des opinions sont émises dans ce texte, elles ne reflètent pas nécessairement les opinions de poneyxpress.com.




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Par Emily
Fair-Play: Oui en effet, je ne suis pas très fière de la façon dont j'ai eu mon cheval, disons que je ne suis pas la plus à plaindre, merci à mon père, je crois que je ne le remercierai jamais assez!
Aha ce cher Baxter, toute une épopée dans ma vie mais dieu sait que je ne regrette aucunement de l'avoir avec moi.
Par Emily
À la fin du texte j'ai dit: 2 ans et 3 mois que j'ai mon cheval, mais maintenant ça fait 4 ans et je vais avoir 19 ans =) C'est juste parce que la première partie a été écrite il y a environ 2 ans et la deuxième partie (qui devrait être publiée bientôt) a été écrite il y a deux semaines =)