Votre cheval a-t-il le droit de dire non?
- par Alter - Mots-clés :
[ FAIT VÉCU ] Ceux qui me connaissent savent que je préconise les méthodes par renforcement positif et que le clicker training fait partie intégrante de l'entraînement des chevaux que je côtoie. Mon but aujourd'hui n'est pourtant pas d'expliquer, de vanter ni de faire la promotion de ces techniques, mais simplement de relater une expérience qui a complètement changé ma vision de l'entraînement équestre.

photo : Yannick D'AmoursZoom
J'ai fait le choix d'acquérir une jeune pouliche afin de pouvoir partir un cheval de la base. Partir d'un cheval exempte de bonnes comme de mauvaises expériences, avec tout à apprendre. Quelques semaines après l'arrivée de Privie à la maison, j'ai entrepris son éducation. Rien de bien compliqué : bouger les hanches et les épaules sur demande, marcher et s'arrêter en laisse, reculer... J'ai commencé à lui enseigner comme on me l'avait appris, en envoyant doucement la longe dans sa direction pour l'inciter à se tasser et toujours en récompensant la réponse voulue. Bien que de nature très calme et passive, Privie a toujours eu le réflexe de s'écarter et de me donner le comportement souhaité. Très rapidement, seul un claquement de langue suffisait pour la faire bouger.
Puis, à un moment, elle a régressé. Elle a cessé de tasser les hanches lorsque je lui demandais, sans raison apparente. J'ai donc dû recommencer à utiliser la longe pour la faire bouger. Ça a bien fonctionné... jusqu'au jour où elle a fait mine de vouloir ruer. Bon. Il fallait bien que je fasse quelque chose. J'ai eu le réflexe de la gronder avec la voix, et ça a marché un temps. Puis aux tentatives suivantes, elle s'est mise à ruer pour de bon et à vouloir mordre. La gronder et tirer sa tête vers moi ne suffisaient visiblement pas. J'avais alors deux choix : soit j'optais pour une punition plus sévère afin d'enrayer ses « mauvais comportements », soit je revoyais complètement mes méthodes. La frapper m'étant totalement impensable, j'y suis allée avec cette dernière option.
J'ai pensé que Privie avait une certaine anxiété face à la nourriture, et c'était en partie vrai, alors j'ai recommencé à travailler les exercices de base au clicker, ce qui nous a grandement aidées. Après quelques semaines, j'ai retrouvé une pouliche beaucoup plus détendue et coopérative, et j'ai pu reprendre son éducation sans problème, délaissant entièrement le renforcement négatif cette fois-ci. Sa rapidité d'apprentissage et sa motivation ont quadruplé. Quand j'ai décidé d'aborder le comportement problématique, j'y suis allée avec prudence, consciente que si je la brusquais elle n'hésiterait pas à ruer. J'ai simplement posé ma main sur ses hanches, sans pression, et j'ai claqué de la langue. Sa réaction à ce moment a été un vrai coup de poing au visage. Elle a redressé brusquement la tête, les oreilles dans le crin, et j'ai senti tout son corps se crisper en une fraction de seconde. Inutile de réessayer une seconde fois. Je me suis alors faite à l'idée : Privie ne supporte pas la pression, aussi minime soit-elle. Ça m'a forcée à revoir complètement mes méthodes d'entraînement. Faire bouger un cheval, le reculer, le longer, était-ce vraiment possible sans le chasser, même gentiment? Eh bien oui. Et Privie n'a plus tenté de ruer ni de mordre depuis.
Cette journée là, Privie a décidé de dire non. J'ignore encore pourquoi. Avec le recul, j'imagine qu'on peut tout simplement interpréter ça par « Ça m'tente pas de faire c'que tu dis, tu m'énerves ». Elle me faisait suffisamment confiance pour s'opposer librement à ce que je lui demandais. Et je lui en suis infiniment reconnaissante de m'accorder cette confiance qui lui permet de s'exprimer ainsi, qui lui permet de me communiquer ses émotions sans peur ni appréhension.
Aujourd'hui, la dernière chose que je souhaite, c'est qu'elle perde cette envie de s'exprimer, de peur d'être réprimandée, frappée ou forcée.
Et vous, votre cheval a-t-il le droit de dire non?
Note : Si des opinions sont émises dans ce texte, elles ne reflètent pas nécessairement les opinions de poneyxpress.com.





Par Shawleen
En ce qui me concerne; le cheval est invité a me faire part de ce qu'il vit. S'il n'est pas a l'aise, stressé, etc Par contre cela ne veut pas dire qu'on ne le fera pas. Mais ce sera pris en considération. Un exercice que le cheval trouve difficile physiquement ne sera pas refait de nombreuses fois dans une seance par exemple, un stresse sera pris en main, etc
Personnellement je crois qu'en faisant cela le cheval ne fera que donner moins ou donner ce qu'il considere valant la peine pour obtenir whatever renforcement positif. Ca peut etre très peu ... rendu la c'est un choix par rapport a ce qu'on a envie de faire avec ce cheval, je crois également que ca peut varier enormement d'un cheval a l'autre. Dans un video un homme avait dit (j'essai de bien traduire) "Biensur que les chevaux doivent faire des choses qu'ils n'ont pas envie ! Ne jamais faire des choses qu'on a pas envie c'est la meilleure facon de scrapper un enfant et c'est la meilleure facon de scrapper un cheval !" ... je dois dire que j'adhere a sa pensé.
PS: la photo est superbe ! j'ai hate de voir comment cela va evoluer
Par Alter
Là où j'en suis rester choquée, c'est que plusieurs semaines par après, même après être repartie sur de bonnes bases, elle a continué à se braquer face aux mouvements appris en R- (méthode confort/
Par Meryleen
Pour ma part, disons que j'ai une position assez intermédiaire. Je suis d'accord pour laisser les chevaux s'exprimer. Il arrive aussi que mes chevaux disent non. Mais dans tous les cas, je m'assure d'avoir le dernier mot, en utilisant la stratégie et non la force, même si cela implique de baisser légèrement le niveau de difficulté (exemple, un quart de tour au lieu d'un pivot complet). Je pense, un peu comme l'a dit Shawleen, que si on laisse les chevaux choisirent ce qu'ils ont envie de faire, bah on ne fera pas grand chose d'autres que du broutage en laisse.
Très intéressant comme sujet
Par Alter
Par Kyrielle
Par Alter
En fait, je ne dis pas qu'elle ne tolère pas le R- de façon générale, mais seulement qu'elle ne répond pas bien aux méthodes confort/