Une histoire sans fin
- par *Julie*
[ FAIT VÉCU ] Il y a maintenant près d'un an, je me cherchais un cheval pour pouvoir courir les plus gros show de barils du Québec, et peut-être même plus. Je cherchai longtemps puis, un jour, le destin me donna rendez-vous à Laval dans une grande écurie pleine de talents prometteurs... Le propriétaire me présenta ses meilleurs sujets, mais aucun n'attirait mon attention. Lorsque je le vis passer sa tête par-dessus la porte de son box, son regard m'attira immédiatement. Bien sûr, certains n'auraient pas aimé ce regard. Dans ce regard, il y avait de l'amertume, de la colère, mais aussi une grande détermination, plus grande que tout ce que j'avais vu jusqu'à présent. Des étincelles brillaient dans ses yeux. Je me mis alors à l'observer plus attentivement. Bien sûr, il était très maigre et n'avait aucune masse musculaire. Je me décidai à l'essayer. Malheureusement, en plus de son physique faible, il n'avait que très peu d'école. Et que dire de ses go. Ça ne serait pas facile de le remettre dans le droit chemin... Malgré cela, n'importe qui s'assoyant sur ce cheval était d'avis qu'il était un racé. Mais je vis plus loin que son apparence et que son entraînement. Je me dis alors que si cette détermination était centrée sur trois barils, ce cheval deviendrait un champion. J'oubliai tous les obstacles que nous devrions traverser et je l'achetai.

Photo : CamilleZoom
Alors je commençai à travailler avec lui, il se montra fier et indépendant. Jamais durant l'hiver, il ne me témoigna un signe d'affection ou de remerciements. Un peu déçue mais entêtée, je repris l'entraînement de plus belle. Après l'avoir remis en forme, nous en étions maintenant à l'amélioration de son patron de baril. Je devais le rassembler pour le muscler, et il ne voulait pas se soumettre, il était trop fier pour ça. À la longe, il me le donna parfaitement mais à la selle, c'était un non catégorique... Ça me prit trois jours de travail acharné en selle. Ensuite, il prit de plus en plus d'autorité sur les humains.
Un jour, le pire arriva... Il me frappa de ses deux sabots en plein ventre. Atteinte deux pouces plus haut, j'aurais eu les côtes cassées. Ma confiance diminua. Il vint un temps où je ne puis plus lui curer les pieds arrière ou même le brosser. Il était devenu agressif : mordant, ruant et chargeant tout ce qui pouvait le déranger. Il était devenu dangereux parce qu'il détestait tout le monde. Je travaillai les bases au sol, mais ne trouvai pas la colère en moi pour reprendre le dessus.
Un jour, un accident arriva, changeant notre vie. Ne supportant pas de se retrouver seul dans une remorque deux places, il paniqua. Ce jour restera à jamais gravé dans ma tête. Je ne raconterai pas cette histoire en détail, car je ne supporte pas de revoir ces images encore et encore. En gros, il faillit perdre la vie. Il sortit vivant de cette remorque, mais avec une énorme blessure. L'infection faillit aussi lui coûter la vie. Encore plus déconcertée, j'essayai de comprendre pourquoi il était comme ça : agressif envers moi et indépendant. Après ce jour terrible, il demanda de l'aide. Il savait très bien que je lui avais sauvé la vie et qu'il ne pouvait pas se passer de moi. Malgré cela, il ne me respectait toujours pas. Alors que je ne pouvais plus le monter à cause de sa blessure, je me désintéressai complètement de lui. Je continuai mes compétitions avec ma jument et je ne fis que le soigner et le nourrir. Rapidement, je remarquai qu'il voulait de l'attention. Alors je commençai à le travailler au sol. Me rappelant l'accident, je trouvai l'agressivité nécessaire pour le dominer. Je lui en voulais de m'avoir fait beaucoup pleurer, de m'avoir fait sentir si rabaissée.
Je n'eus jamais d'encouragement de la part de personne. Toutes les personnes que je rencontrai et qui connaissaient son histoire me dirent de m'en débarrasser et de ne jamais vendre ce cheval-là à quelqu'un d'autre, car il était dangereux. Une journée, je faiblis et le mis à vendre. Je n'en pouvais plus, j'étais épuisée et je me sentais triste de ne pas réussir comme je le voulais. Après tout, je l'avais acheté pour cela. Mais comme nos liens se solidifiaient peu à peu, la confiance reprit le dessus. Après tout, peut-être qu'il réussirait à passer par-dessus toutes ces épreuves passées? Plusieurs personnes voulurent l'acheter et offrirent des prix vraiment gros, vu son caractère, mais toujours je refusai.
Après avoir passé par-dessus toutes ces épreuves, nous fûmes plus unis que jamais, malgré sa grande intolérance à la pression. En compétition, il ne fut jamais le même, il se concentrait difficilement sur les barils. C'était comme s'il s'attendait à ce qu'il se passe quelque chose de mauvais. J'ignorais ce que ses propriétaires d'avant avaient pu lui faire, mais ça devait être horrible pour qu'il devienne un cheval si amer et détaché du monde. Tout ce que je sus, c'était qu'il avait été poussé trop vite et qu'il avait craqué. Mais je gardai espoir, si on avait réussi à passer par-dessus son agressivité et sa colère, il serait capable de prendre toute la pression du monde un jour. Et ce jour arriverait bientôt parce qu'il faisait des progrès remarquables. Quand ce jour arrivera, tenez-vous bien, vous aurez devant vos yeux un excellent cheval de baril et peut-être même un champion, ce que j'espérai de tout mon cœur!
Ça fait maintenant pratiquement un an, jour pour jour, que nous sommes ensemble. Maintenant, quand il me voit dans le champ, il se dirige vers moi. Quand il est couché dans son champ, il me laisse m'étendre sur lui. Il me laisse le monter sans selle ni bride. Il me laisse faire ce que je veux de ses pattes arrière, je peux rester des heures à les lui brosser, à leur faire des bandages. Lui, il peut rester des heures et des heures à me lécher les mains, à rester simplement près de moi quand je pleure ou à me regarder les yeux dans les yeux, comme pour me dire ne me laisse pas tomber.
Pour moi, il restera à jamais un champion parce qu'il a réussi à m'accorder sa confiance, son respect et son amour... N'oubliez jamais que les yeux d'un cheval peuvent tout vous dire, prenez le temps de les observer... Cela peut paraître stupide et irréel, mais ces yeux sont comme notre parole. Lorsque vous ne comprenez pas votre cheval, prenez le temps d'arrêter et d'observer ce qu'il a à vous dire. La communication est la clé du succès.
Note : Si des opinions sont émises dans ce texte, elles ne reflètent pas nécessairement les opinions de poneyxpress.com.




Par caissie48
Par JenGt
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Par Opale
C'est remarquable... Je suis certaine que tu accompliras de belles choses avec lui !
Par Chixxy
Par *Julie*
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