La combinaison parfaite
- par caro.ba
[ FAIT VÉCU ] Comme toute petite fille qui se respecte, j'ai toujours adoré les chevaux. Quand j'avais huit ans, l'oncle de ma mère a acheté une grande écurie et quelques chevaux, où il a organisé une réunion de famille. Cette journée a été le coup de foudre et le début d'une passion, pour moi et ma cousine. Quelques semaines plus tard, nous commencions à prendre des cours d'équitation avec deux de ses juments (moi avec Tee Jay Burkabee « Blandice » et ma cousine avec Miss Royale Will). Lorsqu'il a vendu son écurie et la plupart de ses chevaux deux ans plus tard, il a gardé les deux juments avec lesquelles nous avions appris à monter et les a placées en pension chez celle qui est maintenant ma belle-mère. Comme il ne venait plus les voir, faute de temps libre, il a décidé de nous en faire cadeau. Blandice est donc devenue mon premier cheval.

Photo : RoxaneZoom
À l'époque, j'avais 15 ans et la jument en avait 26. C'était l'amour de ma vie, mais une vraie tête de mule en selle. Chaque fois que je la montais, c'était la guerre pour savoir qui gagnerait. Elle trottait sans arrêt, se faisait des peurs invisibles. Mais c'était MON cheval! Je l'adorais, la dorlotais. Et elle me le rendait à sa façon avec des câlins et des hennissements. Quand je n'allais pas bien, j'allais m'asseoir dans son box et elle me « babinait » les cheveux pour me réconforter.
J'ai dû la faire euthanasier le 31 décembre 2007 après que mes beaux-parents l'aient trouvée incapable de se relever dans son box. Nous avons passé la journée à essayer de la relever, mais ses pattes arrière ne répondaient plus. Elle était épuisée, en sueur à cause de l'effort et en partie paniquée d'être incapable de se relever. Le vétérinaire a dit que c'était probablement une hernie discale qui était passée inaperçue et qui aurait éclaté, sectionnant le nerf. Elle aurait eu 30 ans le 27 janvier 2008.
J'étais inconsolable, traumatisée et frustrée de ne pas avoir réussi à l'amener jusqu'à ses 30 ans. Je venais de perdre ma meilleure amie dans des circonstances plutôt horribles. Je m'en voulais de n'avoir rien vu venir et de la journée de souffrances qu'elle avait eue à endurer, mais j'étais fière, au moins, d'être restée avec elle jusqu'au bout lorsque le vétérinaire lui a fait l'injection.
Comme mes beaux-parents sont les propriétaires de l'écurie et habitent sur place, j'ai continué à y aller pour des petits soupers de famille, mais je refusais d'aller dans l'écurie et même de regarder les chevaux par la fenêtre.
Ça m'a pris un peu plus de six mois avant de recommencer à aller voir les chevaux. Tranquillement, j'ai recommencé à aider à les sortir de l'écurie pour les amener au paddock. J'arrachais des poignées de gazon et je faisais la tournée à tout le monde.
Quand j'ai senti que j'étais prête à recommencer à monter, sachant que j'aurais droit soit à une libération totale de mon deuil ou à une crise de larmes qui retarderait encore le moment où j'allais recommencer, ma belle-mère m'a proposé une de ses juments avec laquelle elle ne faisait pas de compétition pour que je commence à la remettre en forme avant qu'elle l'entraîne plus sérieusement (la plupart de ses chevaux sont entraînés régulièrement pour le gymkhana). Malgré que la jument était très gentille, ça n'a pas « cliqué » du tout et elle ne m'a pas vraiment donné envie de recommencer.
Mais il y avait cette autre jument qui m'intriguait. Ils l'avaient adoptée environ deux ans plus tôt, sauvée de l'abattoir. Elle était très craintive des gens. Au box, si j'essayais d'aller la chercher, elle me présentait les fesses et si j'entrais dans le box pour me rendre à la tête, elle tournait me piétinait presque, tellement elle voulait à tout prix éviter d'être touchée. Quand elle était au paddock, il n'y avait tout simplement pas moyen de l'approcher.
C'était devenu un défi personnel. Comme je n'étais pas là tous les jours et que je savais que ça avait pris plusieurs mois à ma belle-mère avant d'être capable de l'approcher facilement, je savais que j'avais pas mal de travail à faire. Donc tranquillement, quand elle était dehors, j'arrachais une grosse touffe d'herbe que j'allais déposer au milieu du paddock et je m'en allais. Quand elle était au boxe, encore de l'herbe ou une poignée de moulée que je déposais dans sa mangeoire et je partais. Chaque fois, j'essayais d'être de plus en plus près pendant qu'elle mangeait, jusqu'au jour où, au bout d'environ un mois, du bout des lèvres et le cou étiré au maximum, elle a mangé sa première bouchée d'herbe dans ma main. À partir de ce moment, chaque fois son cou était de moins en moins étiré, mon bras de plus en plus replié. Je ne pouvais toujours pas la toucher, mais elle commençait à être assez à l'aise pour venir chercher ses bonbons dans mon dos, Je ne la laissais pas me contourner, je voulais vraiment qu'elle soit collée sur moi pour venir les prendre.
Puis, j'ai pu la toucher. Les épaules, le dos, les fesses. Quelques jours plus tard, le cou. Aujourd'hui encore (trois ans plus tard), j'ai un peu de difficulté à lui toucher le nez, mais ça s'en vient. Bref, six mois environ après avoir commencé mon « défi personnel », j'étais capable d'aller la chercher au paddock avec une bonne poignée de moulée. Au box, parfois elle se laissait prendre du premier coup, mais j'ai aussi passé plusieurs fois 45 à 60 minutes assise sur le rebord de son boxe la porte ouverte avec ma poignée de bonbons en attendant qu'elle vienne me voir.
Un jour, j'ai commencé à la longer en liberté dans un enclos rond, pour établir un lien. J'avais assisté à un petit cours quelques années avant au Festival Western de St-Tite, sur la méthode Parelli et la façon d'amener un cheval à soi (technique de le renvoyer chaque fois qu'il s'approche jusqu'à ce qu'il te regarde avec ses deux yeux, attendre qu'il mâche, etc.). Ça a fonctionné à merveille, 15 minutes plus tard, je la caressais partout, je la manipulais, prenais ses pattes... Puis, j'ai pris une décision qui aurait pu être très risquée : je l'ai approchée de la clôture, j'ai attaché sa laisse de chaque côté de son licou, j'ai grimpé la clôture et j'ai monté dessus, à cru. Elle a sursauté, puis elle a commencé à marcher. C'est là que je suis tombée amoureuse. Je suis descendue et j'ai recommencé, aucun sursaut cette fois. Le lendemain, je revenais pour la monter sellée en manège et j'ai terminé par une petite promenade dans les bois avec elle.
J'ai annoncé à mes beaux-parents que je voulais la leur acheter dès que j'aurais ramassé un peu d'argent après avoir terminé mes études. Ils m'ont répondu qu'ils allaient y penser et en parler ensemble. Quelques semaines plus tard, ma belle-mère m'annonçait qu'ils m'en faisaient cadeau, sachant que j'allais en prendre soin jusqu'au bout. Elle a ajouté que je n'avais pas choisi mon cheval, que c'est mon cheval qui m'avait choisi. Semblerait-il qu'elle ne me quitte jamais des yeux quand j'ai le dos tourné et que c'est quelque chose qu'on voit rarement et que, même proportionnellement parlant, nos deux physiques s'agencent parfaitement : pas de cavalier trop grand ou de cheval trop gros.
J'ai une confiance totale et presque aveugle en elle et ça semble être réciproque. Je peux amener mes deux chiens, qui sont des vrais monstres en promenade, lorsque nous allons dans les bois et ils ne la rendent pas nerveuse du tout. Comme j'ai un horaire de travail très variable, je me retrouve souvent seule avec elle en randonnée et je n'ai jamais eu aucun problème dû au fait qu'elle n'a pas la compagnie d'autres chevaux. Les VTT, motocross et autres qui passent à toute vitesse à côté d'elle lui font à peine tourner les oreilles. Elle peut aussi bien se promener au petit pas tranquille que de se défoncer lorsque je l'entraîne aux barils.
C'est le cheval parfait pour moi, mon antidépresseur hebdomadaire.
Note : Si des opinions sont émises dans ce texte, elles ne reflètent pas nécessairement les opinions de poneyxpress.com.






Par Sandrine®
Par caro.ba
MePrincess, ne désespère pas. Il viendra quand ce sera le temps
Par siara
Par siara
Par caro.ba
Par Divé
Tu sembles avoir une vraie complicité avec ton cheval. Je suis contente pour toi