Ma poussière d'étoile

- par ameotis

Texte par ameotis
Après l'une des premières montes. - Photo fournie par l'auteure
Après l'une des premières montes.

Photo fournie par l'auteureZoom


[ FAIT VÉCU ] Déjà trois mois demain que mon petit ange est parti retrouver ses semblables. Le 30 mai 2013, j'ai vécu la pire épreuve que j'ai eue à traverser jusqu'à présent. Malgré tout, je n'ai jamais écrit un vrai message pour ma jument avant, puisque la douleur était trop vive. Aujourd'hui j'ai décidé d'écrire ce que j'avais sur le cœur en espérant que peut-être cela me libèrerait d'un poids tout en venant peut-être en aide à quelqu'un qui passe par les mêmes évènements que moi. Je crois que je m'en veux tellement et j'ai assez de difficulté à passer au-dessus de cette épreuve, que je ne peux avancer, j'ai peur de m'attacher et de perdre à nouveau.
Après l'une des premières montes. - Photo fournie par l'auteure
Après l'une des premières montes.

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Surprise, mon ange, tu me manques tellement que je ne sais comment l'exprimer. Je m'en veux de ne pas avoir passé assez de temps près de toi. J'ai peur d'avoir fait le mauvais choix, je n'aurais bien sûr pas aimé te retrouver blessée seule dans ton champ, mais j'aurais aimé te laisser vivre plus longtemps, et surtout j'avais le désir égoïste de te garder avec moi le plus longtemps possible. T'ai-je laissée tomber? Même si tout le monde me dit que j'ai bien fait, que c'était mon seul choix, j'ai toujours un doute qui plane sur ma conscience. Certaines personnes disent que je vais m'en remettre, mais même trois mois après je me sens comme la journée-même. Je sais que je dois me laisser du temps pour que cela cicatrise, depuis que tu n'es plus là, la vie semble prendre une éternité pour avancer. Cette journée est gravée dans ma mémoire pour toujours.

Je t'ai emmenée sur le chemin menant dans les champs derrière l'écurie, celui que j'ai ensuite surnommé « Le couloir de la mort », alors que tu avais peine à me suivre mais tu continuais en toute confiance en moi. Par la suite ma tante a dû te prendre en laisse pour m'aider parce que je n'arrivais pas à marcher droite en tentant d'avancer malgré mes larmes. Bien sûr, tu la connaissais mais ce n'était pas moi alors tu avais encore plus de difficulté à marcher puisque tu tentais de tourner la tête pour me regarder alors j'ai dû aller devant toi pour te montrer le chemin et là tu as accepté d'y aller. Rendu à l'endroit, près du trou où je devais te laisser reposer, je t'ai reprise et la vétérinaire t'a fait la première injection, celle pour t'endormir. Voulant me préserver, ma mère m'a prise dans ses bras, donnant la laisse encore une fois à ma tante, et m'a mise la tête sur son épaule pour me cacher la vue tout en me bouchant les oreilles afin que je ne te vois, ni ne t'entende tomber. Peu après, voyant que tu bougeais beaucoup au sol et te battais contre le sommeil, ma mère m'a fait signe de retourner auprès de toi. Aussitôt que j'ai déposé ma main sur ton encolure et t'ai dit quelques mots, j'ai tout de suite vu la différence, tu t'es laissée aller dans ma main comme si tu avais compris que c'était pour ton bien. Au début, ton corps était enflammé, ton cœur battait tellement vite que ta température corporelle avait grimpé. Petit à petit, la vétérinaire a fait la deuxième injection, celle avec la solution brunâtre mortelle, et ton pouls a diminué. Elle a dû en refaire trois par la suite, ta circulation sanguine n'était pas très bonne à cause de la maladie et tu continuais à respirer et ton cœur jouait toujours la sublime mélodie que j'entendais avant en me collant l'oreille sur ta poitrine. Le moment le plus difficile a été lorsque j'ai senti ta température baisser et vu la vétérinaire enlever le stéthoscope de sur toi, je t'ai donné alors ton dernier baiser avant de te souhaiter un bon dernier voyage. Je pris alors ton licou afin de te laisser libre, ce que tu as toujours été, pour aller galoper avec tes amis.

En revenant à l'écurie, nous étions toutes en larmes et j'ai entendu la belle Nina, ton amie, hennir. Elle semblait se demander pourquoi je te laissais dans le champ. Je n'ai pu que pleurer de plus belle en jetant un dernier regard derrière moi, vers toi mon ange devenu de la poussière d'étoile. Les jours suivants n'ont pas été de tout repos non plus, dans les moments où les jeunes demandent leur mère lorsqu'ils sont tristes, moi je t'ai toujours demandée. Alors, comment faire pour se faire consoler si tu n'es plus là? J'ai rêvé à toi, je suis allée te parler à travers la terre, je collais même ton licou.

Une chance que ma famille et mes amies sont là, sinon je ne sais pas ce que j'aurais fait, je serais sûrement rendue folle. Finalement tu portais très bien ton nom, tu es arrivée en tant que surprise et repartie comme de la poussière d'étoile.

Je t'aime tellement ma belle, il n'y a pas une journée où je ne souhaite pas retourner dans le temps pour te donner un dernier bisou, un dernier câlin, te regarder faire l'une de tes pitreries dont toi seule avait le secret, ou seulement te voir galoper vers moi en hennissant de plaisir parce que tu m'as vue.

Malgré toute la peine que je peux avoir, jamais je ne pourrais regretter de t'avoir eue dans ma vie. Je remercie la vie de t'avoir mise sur mon chemin, et mes parents d'avoir rendu ce rêve possible. Tu m'as tout appris. Grâce à toi, j'ai dû me perfectionner en selle, mais le plus gros changement a été en moi. Tu m'as redonné confiance en moi, tu m'as appris la patience, la douceur, la persévérance et plus encore. Certaines personnes me disent que tu as passé les plus belles années de ta vie avec moi, je crois plutôt que c'est moi qui ai été la plus chanceuse entre nous deux de te connaître.

Je t'aime ma belle et un jour j'irai te retrouver et, ce jour-là, je ne te quitterai plus.

Note : Si des opinions sont émises dans ce texte, elles ne reflètent pas nécessairement les opinions de poneyxpress.com.


La plus belle journée de ma vie, le jour ou j'ai eu Surprise. - Photo fournie par l'auteure
Le début de l'apprentissage des tours, mais surtout, la complicité s'installe. - Photo fournie par l'auteure
L'entrainement de Surprise - Photo fournie par l'auteure
Après 2 ans et demi ensembles, j'ai du laisser partir mon ange. Dernière photo d'elle, dernier sourire. - Photo fournie par l'auteure
Après l'une des premières montes. - Photo fournie par l'auteure

Par ameotis

ameotis
Dans le fond, c'est que l'une de ses vertèbres cervicales (dans le cou) écrasait sa moelle épinière et donc elle paralysait partiellement des membres. Si tu veux, je peux mettre un vidéo sur ma fiche de la journée ou on l'a découvert...

Par horse28

horse28
ok cest bin bizzare tu peux la mettre si sa te derange pas jva voir cest quoi

Par ameotis

ameotis
Je l'ai mise

Par Poloniche

Poloniche
Vraiment très touchant comme texte, je suis sûre que ta jument veille sur toi de là-haut!

Par noufra

noufra
Ton texte est vraiment touchant et exprime tellement bien ce que l'on peut ressentir. J'ai dû laisser partir ma belle demoiselle noire cela va faire 9 mois dans 2 jours. Le temps est passé tellement vite, mais j'ai pourtant l'impression que c'est arrivé hier. Tes mots m'ont immédiatement replongée dans ces moments difficiles. Tout ce que je peux te dire, c'est que la peine passe. On n'oublie jamais et ça ne devient jamais facile, mais les larmes de tristesse de ce qu'on a perdu se transforme en sourires en pensant à ce qu'on a vécu. Bon courage!

Par jessie

jessie
Moi aussi j'ai eu le coeur en miette quand j'ai lu ton texte, je viens de faire euthanasier ma jument il y a un mois, 16 années avec moi, je l'ai eu pouliche à 4 mois, elle avait tellement mal aux pattes arrières, souffrait énormément que j'ai du m'y résoudre, trop difficile à vivre. Moi aussi je me demande si elle aurait pu vivre plus longtemps si j'ai pris la bonne décision. Elle va rester avec moi dans mon coeur pour toujours, personne ne peut m'enlever ça. Les premiers jours après sa mort, je l'entendais encore hennir, c'est encore plus insupportable. Maintenant faut apprendre à vivre avec cette décision.